

Il suffit d’écouter quelques secondes pour comprendre que Osé n’est pas une chanson comme les autres. Dès le refrain, « Toi t’as osé, oui t’as osé », le ton est donné : la trahison est nommée, la colère est assumée, et la rupture devient irréversible. C’est un morceau de vérité, un cri musical qui ne cherche ni à adoucir, ni à masquer la douleur.
Myle Coffee, à la plume, a choisi la frontalité. Les mots frappent sans détour, alternant français et créole réunionnais pour renforcer la charge émotionnelle. Le français expose les faits, clair et précis. Le créole, lui, donne une saveur intime, presque viscérale, comme si les blessures se disaient mieux dans la langue du cœur.
En tant que compositeur, j’ai voulu que l’instrumental ne soit pas qu’un décor, mais un miroir de cette intensité. Mon oreille absolue m’a permis de sculpter une production où chaque note, chaque silence et chaque résonance contribuent à amplifier la force du texte. Les basses viennent appuyer la rancune, les accords créent une tension constante, et les percussions donnent au morceau une avancée inéluctable, comme si la musique elle-même disait : il n’y a plus de retour possible.
Le pré-refrain, écrit en créole, est sans doute l’une des parties les plus marquantes du morceau :
« Si ou krwa vréman ke ma beswin d’ou / Si ou krwa vréman sé ou la ginyé / Swadizan logou nout lamour té dou / Mé ant nout dé sé byin ou la plané / Ou mérit tout sak i ariv a ou / Astèr oubli a nou. »
Ici, tout est dit. Ce n’est pas seulement un adieu : c’est un jugement, presque une condamnation. Celui qui croyait dominer, celui qui pensait avoir gagné, se retrouve en réalité démasqué et déchu. La force de ce passage tient aussi au fait qu’il est chanté dans la langue créole, qui rend chaque mot plus tranchant, plus sincère.
Sur le plan sonore, j’ai voulu donner à ce pré-refrain une ampleur particulière. J’ai travaillé les harmonies vocales et les backs, pour que la voix principale de Myle Coffee ne soit pas seule : elle est soutenue, portée, amplifiée, comme si derrière chaque phrase, une foule invisible confirmait et validait les paroles. C’est aussi là que Dioxyne a apporté une valeur inestimable. Grâce à ses idées de toplines et ses talents d’arrangeur, il a permis d’ajouter de la fluidité et de la puissance, transformant ce passage en un moment d’élévation collective.
Cet équilibre entre l’intime et le collectif, entre la blessure personnelle et la force universelle, fait de ce pré-refrain le cœur battant du morceau.
Le pont, répété presque comme une supplique, vient tout bouleverser.
« Mé di amwin kosa ma fé a ou pou ke ou lès amwin ? »
C’est une question que chacun s’est déjà posée après une rupture : qu’ai-je fait pour mériter ça ? Derrière l’accusation et la colère, on entend l’humanité, la fragilité, la recherche de sens.
Musicalement, ce passage a été construit comme une respiration. Les accords s’allègent, l’instrumentation devient plus aérienne, presque suspendue. C’est une manière de laisser l’auditeur reprendre son souffle, de plonger dans l’introspection avant le retour inévitable du refrain accusateur.
C’est aussi dans ce pont que la fréquence 432Hz, sur laquelle j’ai accordé tout le morceau, prend toute sa dimension. Cette fréquence, réputée pour apaiser et détendre, donne une résonance particulière à l’émotion brute. Elle agit presque comme un baume sonore, qui contraste avec la dureté des paroles. Mais elle crée aussi une expérience unique : enchaîner ce morceau avec un titre en 440Hz provoque une sensation de décalage, comme si l’oreille refusait de quitter cette zone d’équilibre.
Osé est bien plus qu’un single : c’est une déclaration d’intention. C’est le premier morceau qui sort sous le label IKIGAI MIZIK, né de l’alliance entre Myle Coffee, Dioxyne et moi.
Ce label, nous l’avons voulu comme un espace de liberté, où les artistes réunionnais peuvent exprimer pleinement leurs vérités, sans compromis, avec des productions modernes et ambitieuses. Notre objectif est clair : porter une musique urbaine réunionnaise authentique, qui assume son identité créole tout en dialoguant avec les sonorités actuelles du monde.
Avec Osé, nous ouvrons ce chemin. Un morceau de rupture, mais aussi de renaissance. Une chanson intime, mais universelle. Une production soignée jusque dans ses détails les plus techniques, mais profondément connectée à l’émotion brute.
Et ce n’est que le début.